Il y a un mois, j'ai eu 20 ans.
Depuis maintenant 6 ou 7 ans, peut-être plus, j'ai un mal de tête allant croissant avec le temps ; ça arrive toujours au même moment : le soir, quand je viens de me coucher, je pense à ma journée, à ce que j'ai fait, et surtout à ce que je n'ai pas fait.
La douleur arrive toujours quelques minutes après. C?est à chaque fois pareil : doucement pulsatile, elle émerge entre mes yeux, s'enfonce progressivement dans mon crâne, chaude puis brûlante : rien qu'en y pensant, j'ai l'impression de la sentir à nouveau. Ce n'est pas une douleur atroce, non, mais pourtant je ne pense qu'à elle quand elle arrive, j'arrête le cours de mes pensées, j'attends qu'elle finisse de s'installer, puis, une fois qu'elle a gagné sa place, je repense à cette journée passée. On pourrait croire qu'avec le temps, j'attendrai ce moment du soir avec appréhension, anxiété : mais je m'y suis habitué, elle m'est devenue familière : en fait, plutôt qu'une habitude, j'ai l'impression de l'avoir intégré comme une partie de moi, de mon corps et du reste : je l'appelle « douleur », faute d'un autre mot, mais c'est ambigu : comme brûler sa peau au soleil ou manger un plat délicieux mais trop chaud.
Je ne sais pas quand elle disparaît : elle reste jusqu'à que je dorme et n'est plus là au réveil.
Le soir de mes 20 ans, pour la première fois, elle était différente : elle s'installa de façon brusque et surtout se fût cette fois vraiment douloureux : j'ai eu peur. Ça peut paraître ridicule, mais j'avais l?impression qu'elle était en colère, que j'avais fait quelque chose de mal, je me sentais coupable.
Le lendemain, je décidais d'aller voir un médecin : ça n'a pas été facile de lui expliquer pourquoi je venais et pourquoi je ne l'avais fait que maintenant. C'était un gentil docteur : il m'a laissé parler, hocha la tête avec régularité, puis ausculta longuement mon c½ur, mes poumons et mes oreilles ; comme tout médecin dans l'impasse, il me dit que j'allais passer une IRM cérébrale.
Le soir même, j'attendais ma douleur avec un peu d'impatience : j'espérais la retrouver comme auparavant ; ce fût le cas, bien que je ne pus m'empêcher d'avoir l'impression de la sentir un peu moins présente.
Deux semaines plus tard, je passe l'IRM : le neurologue demande à me voir juste après. Il me dit « L'examen révèle un hyposignal, clairement délimité, de forme ovalaire au dessus de la selle turcique : ce qui ferait plutôt penser à un kyste qu'à une néoplasie, mais au vu de vos céphalées et de votre bilan hypophysaire, une exérèse chirurgicale serait conseillée ». Alors je lui dis : « Oh ».
Depuis maintenant 6 ou 7 ans, peut-être plus, j'ai un mal de tête allant croissant avec le temps ; ça arrive toujours au même moment : le soir, quand je viens de me coucher, je pense à ma journée, à ce que j'ai fait, et surtout à ce que je n'ai pas fait.
La douleur arrive toujours quelques minutes après. C?est à chaque fois pareil : doucement pulsatile, elle émerge entre mes yeux, s'enfonce progressivement dans mon crâne, chaude puis brûlante : rien qu'en y pensant, j'ai l'impression de la sentir à nouveau. Ce n'est pas une douleur atroce, non, mais pourtant je ne pense qu'à elle quand elle arrive, j'arrête le cours de mes pensées, j'attends qu'elle finisse de s'installer, puis, une fois qu'elle a gagné sa place, je repense à cette journée passée. On pourrait croire qu'avec le temps, j'attendrai ce moment du soir avec appréhension, anxiété : mais je m'y suis habitué, elle m'est devenue familière : en fait, plutôt qu'une habitude, j'ai l'impression de l'avoir intégré comme une partie de moi, de mon corps et du reste : je l'appelle « douleur », faute d'un autre mot, mais c'est ambigu : comme brûler sa peau au soleil ou manger un plat délicieux mais trop chaud.
Je ne sais pas quand elle disparaît : elle reste jusqu'à que je dorme et n'est plus là au réveil.
Le soir de mes 20 ans, pour la première fois, elle était différente : elle s'installa de façon brusque et surtout se fût cette fois vraiment douloureux : j'ai eu peur. Ça peut paraître ridicule, mais j'avais l?impression qu'elle était en colère, que j'avais fait quelque chose de mal, je me sentais coupable.
Le lendemain, je décidais d'aller voir un médecin : ça n'a pas été facile de lui expliquer pourquoi je venais et pourquoi je ne l'avais fait que maintenant. C'était un gentil docteur : il m'a laissé parler, hocha la tête avec régularité, puis ausculta longuement mon c½ur, mes poumons et mes oreilles ; comme tout médecin dans l'impasse, il me dit que j'allais passer une IRM cérébrale.
Le soir même, j'attendais ma douleur avec un peu d'impatience : j'espérais la retrouver comme auparavant ; ce fût le cas, bien que je ne pus m'empêcher d'avoir l'impression de la sentir un peu moins présente.
Deux semaines plus tard, je passe l'IRM : le neurologue demande à me voir juste après. Il me dit « L'examen révèle un hyposignal, clairement délimité, de forme ovalaire au dessus de la selle turcique : ce qui ferait plutôt penser à un kyste qu'à une néoplasie, mais au vu de vos céphalées et de votre bilan hypophysaire, une exérèse chirurgicale serait conseillée ». Alors je lui dis : « Oh ».