Le Canard enchaîné du 30/07/2003 :
Un ordinateur signe pour Bové !
C'est Bové qui doit se marrer. Un très sérieux ordinateur mis au point par les chercheurs de l'École des hautes études sociales vient de prendre une initiative qui les laisse pantois : il a signé la pétition qui circule en ce moment parmi les scientifiques (pas moins de 607 signatures à ce jour) et qui demande la libération de l'arracheur de plantes transgéniques.
Conçu par Francis Châteauraynaud, qui l'a baptisé « Marlowe Christopher » (du nom d'un dramaturge anglais contemporain de Shakespeare), cet ordinateur est équipé d'un programme d'intelligence artificielle, lequel lui permet de suivre l'actualité au jour le jour, en allant chercher lui-même ses infos sur Internet. Il peut ainsi assister les sociologues dans l'analyse et le suivi des dossiers comme le nucléaire, la vache folle, l'amiante, les OGM, la guerre en Irak, etc. (il a donc eu accès tout naturellement au texte de la pétition). Marlowe repère des événements, des acteurs, des contextes. Les sociologues peuvent converser avec lui, l'interroger, l'orienter. L'an dernier, ils lui ont appris à respecter certaines valeurs (par exemple, on ne peut pas être pour le sida) et à distinguer le futile de l'essentiel : à discerner des cas de force majeure.
Le 17 juillet, Michel Meuret, de l'Inra d'Avignon, qui collecte les signatures des chercheurs pour la pétition, reçoit un e-mail avec cet en-tête : « Nom : Marlowe. Prénom : Christopher. Fonction : sociologue électronique ». Meuret l'inscrit dans la liste des signataires mais prend soin de lui renvoyer un e-mail pour lui demander à quelle institution il appartient. L'ordinateur répond « EHESS ». Meuret lui demande alors ce que signifie « sociologue électronique ». Pas de réponse. C'est alors que Châteauraynaud intervient, à la fois affolé et hilare : « Cher Monsieur, de retour à Paris je viens de découvrir qu'un de mes logiciels, Marlowe, a lancé une procédure visant à s'inscrire dans la liste des signatures d'un appel en faveur de José Bové ! » Et d'expliquer que Marlowe ayant reçu l'appel à signatures, a déclenché une « procédure en cours de test assez tordue » Certes c'est par « automatisme purement formel » que Marlowe a témoigné de sa solidarité avec Bové, mais c'est la preuve qu'il est en train de développer une «conscience historique artificielle ». Enfoncé, le fameux HAL de « 2001, l'Odyssée de l'espace » !
Du coup, Michel Meuret et ses amis de la Confédération paysanne se grattent la tête : faut-il garder Marlowe parmi les signataires ? L'intelligence artificielle est-elle bien placée pour voler au secours d'un défendeur de la nature ? Il est vrai que si tous les ordinateurs du monde se mettent à militer pour Bové Chirac va forcément craquer
Un ordinateur signe pour Bové !
C'est Bové qui doit se marrer. Un très sérieux ordinateur mis au point par les chercheurs de l'École des hautes études sociales vient de prendre une initiative qui les laisse pantois : il a signé la pétition qui circule en ce moment parmi les scientifiques (pas moins de 607 signatures à ce jour) et qui demande la libération de l'arracheur de plantes transgéniques.
Conçu par Francis Châteauraynaud, qui l'a baptisé « Marlowe Christopher » (du nom d'un dramaturge anglais contemporain de Shakespeare), cet ordinateur est équipé d'un programme d'intelligence artificielle, lequel lui permet de suivre l'actualité au jour le jour, en allant chercher lui-même ses infos sur Internet. Il peut ainsi assister les sociologues dans l'analyse et le suivi des dossiers comme le nucléaire, la vache folle, l'amiante, les OGM, la guerre en Irak, etc. (il a donc eu accès tout naturellement au texte de la pétition). Marlowe repère des événements, des acteurs, des contextes. Les sociologues peuvent converser avec lui, l'interroger, l'orienter. L'an dernier, ils lui ont appris à respecter certaines valeurs (par exemple, on ne peut pas être pour le sida) et à distinguer le futile de l'essentiel : à discerner des cas de force majeure.
Le 17 juillet, Michel Meuret, de l'Inra d'Avignon, qui collecte les signatures des chercheurs pour la pétition, reçoit un e-mail avec cet en-tête : « Nom : Marlowe. Prénom : Christopher. Fonction : sociologue électronique ». Meuret l'inscrit dans la liste des signataires mais prend soin de lui renvoyer un e-mail pour lui demander à quelle institution il appartient. L'ordinateur répond « EHESS ». Meuret lui demande alors ce que signifie « sociologue électronique ». Pas de réponse. C'est alors que Châteauraynaud intervient, à la fois affolé et hilare : « Cher Monsieur, de retour à Paris je viens de découvrir qu'un de mes logiciels, Marlowe, a lancé une procédure visant à s'inscrire dans la liste des signatures d'un appel en faveur de José Bové ! » Et d'expliquer que Marlowe ayant reçu l'appel à signatures, a déclenché une « procédure en cours de test assez tordue » Certes c'est par « automatisme purement formel » que Marlowe a témoigné de sa solidarité avec Bové, mais c'est la preuve qu'il est en train de développer une «conscience historique artificielle ». Enfoncé, le fameux HAL de « 2001, l'Odyssée de l'espace » !
Du coup, Michel Meuret et ses amis de la Confédération paysanne se grattent la tête : faut-il garder Marlowe parmi les signataires ? L'intelligence artificielle est-elle bien placée pour voler au secours d'un défendeur de la nature ? Il est vrai que si tous les ordinateurs du monde se mettent à militer pour Bové Chirac va forcément craquer