Il n'y a pas d'exclusive, non.
Mais dans la boutade de jpmiss, je ne vois pas que de l'ironie. C'est un des risques de l'évolution exo-darwiniste, l'idée qu'on a plus besoin de savoir vraiment, puisque le savoir, ou plutôt la connaissance "brute", est consultable à souhait dans des unités de stockages extérieures à notre mémoire, et accessibles à loisir.
On pourrait donc imaginer, dans une perspective naïve et idiote, que ce n'est pas grave de s'abrutir, puisque par ailleurs on a les moyens de "connaitre".
On pourrait, en confondant "connaître" et "comprendre".
On pourrait même dénoncer cette évolution comme participant à la "fabrique du crétin", pour reprendre le titre de ce livre qui s'est si bien vendu que son auteur va en faire un deuxième tome.
Cette capacité de stockage du savoir en "externe", encouragée par un corps enseignant qui magnifie l'internet comme source de tous les exposés collégiens et lycéens, participerait alors au renforcement de la réthorique du niveau qui baisse.
Et si on va plus loin ?
Si on rend certaines possibilités ouvertes par la technologies encore plus accessibles ?
Tu te rappelles de ce bouquin de G. Alec Effinger, "Privé de désert", où le héros, le détective Marîd Audran, finit par accepter d'utiliser ces petites puces que l'on s'agraffe sur la tête, et qui permettent de parler des langues étrangères, de connnaitre tel ou tel aspect du droit, de l'histoire, etc. ?
Comme toutes les avancées technologiques, il y a là un côté émancipateur, et un côté débilisant. Tout dépend de quel côté on fait pencher la balance, non ?
On peut aller vers une démocratisation des connaissances, ou vers une plus grande fracture entre ceux qui pourront "comprendre" et maitriser leur monde, et ceux qui utiliseront les prothèses "cognitives" pour y survivre. Sans parler de ceux qui n'y auront pas accès.
La technologie n'est pas en elle émancipatrice. Ça serait trop beau. L'avantage de Serres est de poser en mots simples le récit du début de cette histoire.