Journal intime d'un (im)posteur

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Anonyme

Invité
On ne présente plus le Dr Evil dont les recherches sur le Mont Sinaï avaient abouti, au milieu des années 1980, à la découverte d'un onzième commandement écrit par Dieu sur les tables de la loi : « Merde à celui qui le lit ». Outre l'interdiction définitive de s'approcher de tout lieu de culte à moins de cinquante mètres, cette découverte lui apporta une renommée internationale qui permit au savant de poursuivre paisiblement ses travaux dans sa résidence surveillée de Longyearbyen. C'est précisément dans cette charmante bourgade du Nord de l'Europe que le Dr Evil a rencontré xxx (1), posteur anonyme lui-même poursuivi par la mafia vaticane. Mortellement blessé d'un coup de crucifix (2) à l'orteil, le malheureux eut tout juste le temps de confier au chercheur un disque dur au contenu crypté et marqué seulement d'une inscription absconse : « Mackie m'a tuer. » Au terme de plusieurs mois d'un travail patient de décodage des données contenues sur le support magnétique, le Dr Evil est parvenu à reconstituer, fragment par fragment, l'intégralité du texte de ce qui semblait être le journal intime du mystérieux xxx. Avec sa bonhomie et sa gentillesse habituelles, l'illustre savant a accepté — qu'il trouve ici la marque de notre gratitude — de nous confier quelques extraits de ce « journal d'un posteur anonyme », afin que la mémoire de ce dernier soit perpétuée auprès de ses confrères floodeurs et dans l'espoir que l'un deux saura enfin répondre à la question ultime : « Comment peut-on mourir d'un coup donné sur l'orteil, et si oui, pourquoi ? »

Mardi 15 janvier 1991.

Mon cher journal,

Hélène a déboulé ce soir comme une furie. Elle semblait hors d'elle et n'arrivait pas à se calmer. J'ai cru que ça pouvait avoir un rapport avec le fait que son sac à main était en feu, mais, même une fois sous la douche, elle a continué à hurler comme une folle. Je crois qu'Édouard à raison, je devrais faire plus attention à elle. Je ne peux tout de même pas la forcer à la thérapie ! Quoique... Le Docteur Muffon pense qu'un léger traitement préventif assorti d'un internement de quelques semaines pourrait lui faire le plus grand bien. Vraiment, je ne sais plus quoi penser. Je me sens parfois si désemparé, comme le jour où elle a demandé sa main à Mme Lavigne, notre voisine grabataire de 97 ans... Que faire ? La nuit porte conseil dit-on... Si seulement elle pouvait arrêter de dormir avec notre Livret A !

Note 1 : Penser à acheter le lait des chats.
Note 2 : Prendre aussi les journaux. On ne sait vraiment pas ce qui se passe : il y aurait une guerre, on serait fichus de la manquer !

Mercredi 16 janvier 1991.

RAS.
Note 1 : Trouver un moyen de se débarasser des chats.
Note 2 : Penser à acheter les journaux plus souvent.

(1) Prononcer « triplex », « troizix » ça fait village armoricain.
(2) Là on ne dit pas le « x » à la fin, bande de nazes !
 
c'est quand même bizarre cette histoire...

quelqu'un m'a planqué mes grenouilles.
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ficelle, t'es au courant ??
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purééeeee (faite maison sur le zinc), je dois les vnoyer au brésil dans deux jours !!
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Lully poste dans le forum ? wahhhh
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encore un Jean-Baptiste ? ah non !!
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non, non, non !!
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si encore vous parliez de Domenico Scarlatti, d'Il Pretre Rosso et Giovanni Baptista Pergolese...
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<blockquote><font class="small">Post&eacute; &agrave; l'origine par alèm:</font><hr />

encore un Jean-Baptiste ? ah non !!
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non, non, non !!
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Que veux tu .. c'etait a la mode a l'epoque
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si encore vous parliez de Domenico Scarlatti, d'Il Pretre Rosso et Giovanni Baptista Pergolese...
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Allé pour te faire plaisir :

Domenico Scarlatti poste dans le forum ? waahhh
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Allé pour te faire plaisir :

Domenico Scarlatti poste dans le forum ? waahhh
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si Domenico postait, ce serait un floodeur... c quand même le seul type ayant battu Haendel en duel de clavecin.
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La suite, la suite, la suite, la suite
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Comment çà le journal ne fait que 2 jours ?
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Le 13 février 1993.

Mon cher journal,

Quelle joie de te retrouver ! J'ai l'impression de ne t'avoir quitté qu'hier.
Ce matin, Hélène et moi sommes sorti de notre abri souterrain. Nous avons appris avec stupeur que la guerre était finie depuis deux ans... Deux ans ! Nous croyant morts, les parents d'Hélène avaient mis la maison en vente. Je m'explique mieux désormais ce qu'un parfait inconnu faisait dans ma salle de bain.
Quelle délivrance néanmoins ! Deux ans a manger des pâtes, du sucre, de la farine et de l'huile à chaque repas ! Deux ans passés avec cette impression désagréable d'avoir quelqu'un dans le dos (le fait que le couchage d'Hélène ait été à ma tête doit y être pour quelque chose). Mais deux ans de perdus, irrémédiablement... Qu'importe, le cauchemar est enfin fini ! Hélène partagerait sans doute mieux mon enthousiasme sans la lessive de deux années à faire. Il lui faut sans doute aussi un temps de réadaptation. Patience et longueur de temps...
 
Deux ans !!! Deux longues années !!! 24 mois ... une infime partie de l'échelle du temps qui ressemblait à plusieurs éternités.
Nous avions oublié jusqu'à la couleur du ciel et la douceur diaphane de cette pluie de printemps...
L'enfer nous semblait loin, si ce n'était cette odeur persistante d'excréments qui nous collait à la peau ! Il faut dire que dès les premiers jours de guerre, la canalisation d'évacuation avait été malencontreusement bouchée par une belette venue y chercher un dernier refuge.
Il nous fut dès lors également impossible de nous débarrasser du cadavre de notre chien, qui, pressé de quitter cette vie indigne se suicida en avalant sa queue ... nous pensâmes bien vite nous en servir en guise de couronne de Noël ... mais l'esprit de Noël avait disparu dans la fumée des explosions et les râles des agonisants.
En désespoir de cause, et étant donné qu'il en avait quatre, nous nous en servîmes pour agrémenter les nôtres (je veux parler des pâtes, bien entendu...!)...
Longtemps, son dernier "wouf" nous poursuivit jusque dans le bruit discret de nos flatulences.
Maintenant, nous étions libres, mais à quel prix ?
Qu'avions nous perdu dans ce trou infâme qui nous servit de terrier durant les hostilités ?
Je serrais ce journal contre ma poitrine ! Je lui avais épargné les derniers outrages en préférant me torcher avec les emballages de chips plutôt que d'utiliser son papier à la fois graineux et moëlleux à souhait...
Ce journal était ma vie, notre vie, et sa destinée serait sans nulle doute peu commune....
 
<blockquote><font class="small">Post&eacute; &agrave; l'origine par bebert:</font><hr /> Arrrffff !
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Toi aussi t'as changé de trombine ?! mouarff
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Samedi 18 septembre 1993.

Mon cher journal,

Hélène a enfin terminé la lessive. Mais ma chemise hawaïenne est foutue et nous avons beaucoup crié (surtout moi d'ailleurs). Il est vrai que nos rapports se sont sensiblement dégradés depuis le suicide de Pouffy. Les longs mois d'enfermement que nous avons vécu ont laissé des traces et, pour tout dire, ça n'est plus ça au lit depuis qu'elle dort dans la penderie. S'il ne s'agissait que de cela d'ailleurs ! Mais j'ai surtout horreur de cette manie qu'elle a de planquer des paquets de macaronis dans mes chaussettes, sous le prétexte ridicule que : « Et si on doit retourner là-dessous, à qui tu diras merci ? Hein à qui ? »
J'avoue que j'ai de plus en plus de mal à la supporter. Le week-end, aussi souvent que possible, je pars courir pour me détendre un peu. Ça ne me détend pas du tout d'ailleurs car, au bout de 50 mètres, je me rappelle que j'ai horreur de ça. Alors je vais traîner dans un bar pas loin de la maison, « Le Riant Mastroquet », un petit établissement propret où se retrouvent régulièrement les membres de l'association des collectionneurs de vis. C'est incroyable le nombre de vis différentes qu'on peut trouver ! Et je ne parle pas des boulons ! On ne peut pas dire, bien sûr, que ce soit folichon-folichon, mais entre ça et un samedi soir avec Hélène, j'ai dû me rendre à l'évidence qu'on n'en savait jamais assez sur les vis.

La semaine a été assez mouvementé au boulot. Mlle Laburte, en pleine dépression, s'était enfermé à double tour dans les toilettes des hommes. Elle retenait ce pauvre Duvirond en otage dont elle était parvenu à coincer le nez dans son agrafeuse. Elle criait : « N'approchez pas ! N'approchez pas ou je lui cloue le groin au goret ! » « Le goret », c'est comme ça qu'on l'appelle entre nous ce pauvre Duvirond. Mais attention, ça n'a rien à voir avec le physique ! On ne se permettrai pas. C'est juste que sa chaise fait des petits « gruik » quand il s'assoit. Et puis il a vraiment un tête de con, Duvirond.
Bref, on en était là lorsque Lebowsky est arrivé. Lebowsky (« Les beaux skis » qu'on l'appelle), il travaille à la maintenance informatique dans la boite. On ne le voit jamais qu'en cas de pépin, c'est-à-dire un jour sur deux. Il remontait de la machine à café avec Sylviane lorsqu'il a entendu les cris du pauvre Duvirond dont le nez commençait singulièrement à bleuir. Heureusement qu'il était là Lebowsky ! Bon, j'avoue qu'il m'énerve avec son air d'avoir tout vu et sa façon de dire « calmos » à tout bout de champ. Peut-on imaginer un mot plus con que « calmos », sacrebleu ? Toujours est-il que c'est grâce à lui qu'on a pu récupérer Duvirond, et ça n'a pas été sans mal !

(À suivre)
 
Mardi 21 septembre 1993

Mon cher journal,

Bon, son nez a un peu souffert dans l'histoire, mais finalement ça l'a pas tellement changé. En fait, c'est surtout quand Lebowsky a enfoncé la porte du cabinet où ils étaient enfermés qu'il a été abimé. L'agrafeuse ne s'est pas refermée, mais le poignet de Mlle Laburte a subi une torsion et simultanément la porte a appuyé sur la tête de l'agrafeuse. Du coup l'agrafe est ressortie au dessus des narines de Duvirond. Il a maintenant un nez à quatre trous et même avec le pansement, quand il renifle ça fait un bruit bizarre. Mais il souffre surtout quand il doit se moucher et comme on est au mois de septembre et qu'il a une santé fragile son surnom risque de vite devenir "La soupape".

Quand je rentre du boulot, Hélène me fait maintenant une drôle de grimace en me tendant mes charentaises kakis et mon casque au filet de camouflage verni. Je me demande si elle a bien supporté notre isolement et la lecture-reletcure des quelques numéros de Jours de France qui trainaient à la cave. Elle me demande sans arrêt si la Princesse Sikrit de Syldavie va bien épouser le Prince Anton de Bordurie. J'avoue que ça m'agace un peu, j'ai du mal à me concentrer sur la lecture du catalogue de la Manufacture des vis et boulons édité par le fameux conglomérat Blötenglutz-Schirer-Delachnouf, poinçonneurs et visseurs associés.
Je me demande si elle m'a pardonné de les avoir transformés en papier-toilette un jour de diarrhée profuse, ses Jours de France adorés ? Je lui en ai bien acheté des nouveaux dès qu'on est sortis à l'air libre, mais elle m'a dit que ce n'était pas la même chose.

Pour en revenir à l'incident précédent, je crois que le poignet de Mlle Laburte sera ressoudé à peu près en même temps que l'épaule de Lebowsky et ils risquent fort de reprendre le boulot le même jour. Ça promet. Elle est devenue hystérique tellement elle avait mal et a promis de lui faire payer ça très cher avant de tomber dans les vapes. Lebowsky a grommellé quelque chose d'incompréhensible, mais il m'a semblé un peu énervé aussi, chose rare chez lui, et j'ai cru entendre quelque chose comme "godasse", mais je ne suis pas sûr.

(À suivre)
 
Mercredi 29 septembre 1993.

Mon cher journal,

Hélène a tenté de se suicider. Alors qu'elle était dans son bain, elle a volontairement laissé tomber le sèche-cheveux dans l'eau. Heureusement, elle avait oublié de le brancher. J'ai eu très peur. Je tiens beaucoup à ce petit appareil que ma mère nous avait offert pour notre mariage et j'ai bien cru qu'il était fichu. Mais après l'avoir fait sécher quelques heures au soleil, quel soulagement ce fut d'entendre à nouveau son gai ronron ! Je ne pardonnerai jamais à Hélène ce geste de malveillance. Quoiqu'il en soit, Muffon est passé dans la soirée pour l'examiner. Il a passé près d'une heure avec elle dans la chambre. En sortant de la pièce, il a posé sa main sur mon épaule et il m'a dit : « Mon pauvre vieux... » Puis, avec un sourire narquois et 250 balles en poche, il est reparti sans laisser d'ordonnance. Il m'épate Muffon : trouver la force de sourire dans un moment pareil ! Enfin, j'imagine qu'il en voit bien d'autres.
Je ne m'attendais pas à cette nouvelle crise avec Hélène. La semaine s'était somme toute bien passée. Elle avait été très impressionnée par mon sang-froid lors de « l'affaire Duvirond ». Je n'ai pas cru bon de mentionner le rôle de Lebowsky, quelle ne connaît même pas, et puis, après tout, c'est tout de même moi qui lui ai retiré son agrafe à ce pauvre Duvirond ! Quel ingrat... Quand je pense qu'il m'évite depuis. Il a même poussé des hurlements hystériques quand j'ai voulu lui donner du feu. Le monde est fou.
Bref, sans que rien ne l'annonce, Hélène est de nouveau patraque. Déjà, il y a trois semaines, elle avait essayé d'en finir en respirant le gaz du barbecue, au fond du jardin. Elle a beau être déprimée, je ne peux pas m'empêcher de la trouver très con parfois. Je suis de plus en plus convaincu qu'il faut faire quelque chose, mais j'hésite encore entre la corde et le poison.

Vendredi 1er novembre 1993.

Mon cher journal,

J'ai croisé Lebowsky en sortant du boulot. Il avait l'air en forme, bien qu'il porte encore un bandage à l'épaule. Il m'a demandé des nouvelles de la vieille Laburthe et de ce pauvre Duvirond. Comme il n'avait rien à faire et que, pour ma part, je n'étais pas pressé de regagner le domicile conjugal, on est allé boire un verre dans un petit bistrot pas loin. En fait, c'est plutôt un type bien Lebowsky. La seule chose vraiment désagréable, ce sont ses cigarettes, des cigarettes qu'il roule lui-même et qui ont un odeur infecte de foin brûlé. Enfin, ça mis à part, c'est un type bien. Il m'a parlé de sa bourgeoise et de ses deux gamins, de sa passion pour les « bécanes » (c'est comme ça qu'il appelle les ordinateurs) et pour « linternette ». Je n'ai pas bien compris de quoi il s'agissait, mais je crois que c'est une sorte de réseau, comme au bureau, mais avec des filles nues dessus. Ça à l'air un peu compliqué, mais Lebowsky m'a promis de me montrer à l'occasion. Et pourquoi pas ? Ça pourrait me changer un peu des Jours de France qui s'entassent dans le salon. Et la cuisine. Et les chiottes. Putain, quand j'y pense, avec le fric que j'y laisse, je me demande si c'est pas moi qu'il l'ai payé le mariage de la Sikrit de Machin-Chose...
 
Sympa ce Levil ! Il m'a payé une chope à la sortie du boulot...ça tombait bien parce que j'étais un peu raide du fait que ma fille m'avait demandé 200 balles à prêter le matin pour se payer une manucure des pieds.
La seule chose qui m'énerve un peu chez lui, c'est sa manie de se balader avec une tonne de vis et de boulons dans les poches - d'abord c'est bruyant, et ensuite, ça le fait ressembler par derrière à un gros hamster qui n'arrive pas à digérer son foin...
En parlant de foin, j'ai remarqué qu'à chaque fois que j'en roulais une, il écarquillait les yeux et me demandait avec inquiétude : "c'est du tabac ???" - je lui répondais alors : "ben non, c'est un vieux pneu que j'ai récupéré et que je découpe en rondelles tous les matins !!!" - Je ne sais pas s'il m'a cru, et peut-être qu'un jour je comprendrais pourquoi j'ai parlé de pneu !!!
On a un peu discuté - il m'a parlé de la guerre et d'Hélène - sûr que ça n'a pas du être rose tous les jours (eu égard aux toilettes bouchées... arrfffff) - il a promis de me la présenter un de ces jours à l'occasion d'une exposition "Jours de France" qu'il compte organiser le mois prochain.
Putain d'épaule qui me fait trop souffrir - ça m'apprendra à me mêler des affaires des autres, déjà que je n'arrive pas à démêler les miennes...
Parfois il est silencieux Levil - il reste là, le regard vague, les yeux dans le vide comme s'il était tailleur (c'est mon jeu de mot préféré !!!) - au boulot, tout le monde l'apprécie parce qu'il a beaucoup souffert et qu'il jette sur les autres un regard mêlé d'indulgence et de compassion.
J'ai remarqué que Huguette Labiche, chargée des achats de fournitures pour les toilettes, ne le laisse pas indifférent - les regards qui se croisent et se décroisent, ça ne trompe pas - le fait aussi qu'il passe aux chiottes 20 fois par jour est un élément que l'on pourrait qualifier de concordant.... surtout s'il y avait du riz à la cantine le midi !
Je ne sais pas pourquoi, mais je pense souvent à Hélène et sans la connaître, je me plais à l'imaginer.
Impossible pour moi de décrire un tant soit peu, celle dont Levil a fait sa compagne d'infortune durant ces 2 longues années....
Aujourd'hui c'est fête à la boîte : Huguette Labiche fête ses 40 ans de "maison" - faut absolument que je trouve un petit cadeau un peu perso - j'avais d'abord pensé à faire "cuivrer" (vous savez, comme les godasses des petits bébés) un rouleau de papier chiottes avec la brosse assortie, mais c'est trop commun et un peu cher pour moi.
Je me suis donc rabattu sur une petite boule remplie d'eau et de neige représentant l'atomium à Bruxelles - c'est discret et personnalisé étant donné que je suis belge - de plus, ça fera bien sur la table à l'entrée des toilettes pour dames.
Ce soir, Levil vient à la maison - seul parce que Hélène participe à une réunion charitable pour les déshérités du quartier (quand j'y pense, elle aurait pu tout aussi bien venir chez moi ... arfff) - ma femme a sorti le cuissot d'opossum réservé pour les grandes occasions et j'ai configuré Linternette pour une démo - j'espère que ma fille restera à la maison pour pédaler (eu égard au générateur que j'ai installé depuis qu'on m'a coupé l'électricité...).
Dommage qu'hélène sera absente......
 
20 heures ! Ma fille a commencé à pédaler pour que la sonnette de la porte d'entrée puisse fonctionner....
Pour nous, c'est un grand jour ! Faut dire que depuis que j'ai été rétrogradé à un poste de maintenance technique (je nettoie les écrans et les claviers...), les amis de longue date ne se bousculent plus chez nous...
La vie coule plutôt comme un égoût que comme un long fleuve tranquille (Hé oui, j'ai certaines références cinématographiques...), et ça nous convient...
On mange des pâtes à sa faim mais pas trop, les enfants sont aux études pour devenir des chômeurs cultivés, et ma femme s'occupe du reste, c'est-à-dire de tout...
Depuis que la guerre en Irak a débuté, et avec quelques voisins, on s'est acheté une radio à piles pour écouter les bombes qui tombent sur Bagdad... question de se dire qu'on a de la chance malgré tout de pouvoir les entendre sans les prendre sur la gueule... ça rassure et ça conforte notre bonheur quotidien.
Peut-être qu'Hélène écoute aussi le ronronnement des missiles en même temps que moi... ça rapproche les gens.
On sonne ! Mon fils endimanché se précipite pour ouvrir : "Bonjour Monsieur Levil" - "Bonjour petit, est-ce que ton papa est là ? - Bien entendu, je suis même très là question de ne pas manquer une occasion de s'amuser...
Je n'avais jamais remarqué qu'il était beau Levil avec son costume à martingale et sa cravate gaufrée agrémentée d'une petite pince en doré....
Le temps d'entendre ma femme minauder au sujet du bouquet de marguerites qu'il lui a apporté et nous passons au salon.
Je me demande s'il a embrassé Hélène avant de partir - je vais me rapprocher de lui afin de tenter de déceler d'éventuelles effluves de parfum féminin...
Il me tend la main en me disant : "Bonsoir Lebowski, c'est sympa chez toi..."
Et oui, c'est sympa chez moi : le style minimaliste par obligation, la moquette collée au plancher parce qu'elle glisse (on dit bien de se méfier des chutes de moquettes... humour...) et la photo du Che qui trône sur la cheminée, dérisoire souvenir d'une jeunesse qui se voulait contestataire...
Je ne sais si vous êtes comme moi, mais recevoir quelqu'un dont on ne sait pas s'il deviendra ou non votre ami est un moment particulièrement excitant....
Le temps de le laisser découvrir mon "chez moi" et mon esprit vagabonde déjà vers d'autres horizons...
 
Ce matin, je suis tombée par hasard sur le journal de Levil, et malencontreusement de l’escabeau. Quelle idée aussi de ranger son cahier à un endroit aussi inaccessible, il n’aurait pas voulu que quelqu’un le trouve qu’il ne s’y serait pas pris autrement.
Hélène c’est une bonne très copine à moi (nous nous sommes connues dans un kibboutz, au fin fond du Péloponnèse, elle mangeait un yaourt aromatisé à l’huile de vidange et j’ai trouvé ça rigolo, nous sommes tout de suite devenues amies).
Elle m’a invité à passer quelques jours chez elle, elle se sentait seule et avait besoin de compagnie. J’ai tout de suite accepté après avoir longuement hésité, il faut dire que passer plusieurs jours à ses côtés, ça tient plus de l’endurance que de la promenade de santé.
J’ai profité d’un moment de calme, Levil comptait ses boulons, Hélène avait déchiré un de ses Jours de France, et essayait de le reconstituer en soufflant sur les morceaux. J’avais donc un bon moment devant moi.
J’ai été un peu surprise à la lecture du cahier, et je pense que ce serait bien qu’Hélène le lise aussi, ça lui remonterait le moral, elle en a bien besoin ces derniers temps. Mais là il faut que je le remette à sa place, j’ai peur qu’ils ne trouvent curieux que je reste ainsi enfermée deux heures de suite, dans le placard à balais. Cette fois ci je vais faire attention de ne pas tomber de l’escabeau.
C’est sûr un de ces quatre je fais lire le journal de Levil à Hélène.
 
Les civilités terminées, il s'asseya dans le divan que j'avais pris soin de recouvrir d'une housse cotonneuse afin de cacher d'une part, les outrages du temps, et d'autrepart, les énormes tâches laissées par mon chien incontinent depuis qu'il s'était fait choper par une mobylette en face de la maison.
Levil semblait préoccupé et il goûta à peine le verre de "plaisir du connaisseur" que je venais de lui servir...
Ma femme était dans la cuisine, et les enfants se relayaient sur le générateur qui ronronnait pleins tubes....
J'étais ennuyé de le voir ainsi, ne sachant trop comment entamer la conversation...
En désespoir de cause, je sortis du tiroir de la commode, le dernier catalogue Bricorêve dans lequel j'avais repéré de beaux assortiments de vis en promotion...
Las, il n'y prêta même pas attention !
Je me décidais : "Quelque chose ne va pas ???" - Il me répondit : "C'est Hélène qui ne va pas !!!"
Il me raconta que depuis des années, il tenait quotidiennement un journal intime dans lequel il couchait jusqu'aux choses les plus insignifiantes de son insignifiante vie....une sorte d'exutoire tragique griffonné à la hâte, banal historique de ces moments de malheur et de ses - peu nombreux - instants de bonheur...
Chaque soir, dans la lueur blafarde du placard à balais, il entrouvrait délicatement son journal, cherchait une page planche, y inscrivait consciencieusement la date et commencait à écrire...
L'odeur de l'encre et le bruit de la plume qui crissait sur le papier le rassurait - à ce moment, il n'avait plus, ni passé, ni avenir, il se contentait d'être là et d'écrire...
Quand Hélène lui demandait : "Enfin, que fais-tu dans le placard à balais ?" il se contentait de lui répondre qu'il y méditait, à l'abri de toutes contingences extérieures...
Le fait qu'ils avaient passé deux années à se terrer dans une cave rassurait Hélène sur les circonstances pour le moins bizarres du besoin de méditation de Levil...
Je lui dis : "Et alors, ou est le problème ???"
Il se tourna vers moi et gravement me dit : "Quelqu'un a lu mon journal !!!!"
Ensuite, de me raconter que chaque soir, il remettait son journal sur le haut de l'étagère, et qu'il prenait grand soin à repérer précisément, au millimètre près, l'endroit où il déposait son précieux manuscrit...
Ce soir, avant de venir chez moi, il avait constaté que son journal avait été déplacé ! Etait-ce Hélène ? Etait-ce quelqu'un d'autre ?
A ce moment précis, je sus qu'il n'aurait de cesse avant de savoir ce qui s'était exactement passé.....
 
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