1ère partie
La sonnerie du téléphone me réveilla.
Ce n'est qu'au bout de la sixième que je me décidais à décrocher.
- Oui ?
- Ce... C'est moi Kate... J'espère que je ne te dérange pas ?
- Oui... Heu... Non. Enfin, je ne sais pas trop. Comment as-tu eu mon numéro, je ne suis pas dans l'annuaire ?
- Oh tu sais, ils ne sont pas très malins dans ta maison d'édition. Une femme, s'adressant à un homme, obtient toujours ce qu'elle désire.
- Que veux-tu Kate ?
Je m'allumais fébrilement un mégot, faute de pouvoir me resservir un verre.
- Tu as l'air fâché, je me trompe ?
- Oui, je le suis. Je déteste mon éditeur. Comment a-t-il osé te donner mes coordonnées ? C'est vraiment la porte ouverte à n'importe quoi !
- Ne mets pas en cause ton éditeur, il s'agissait simplement de son secrétariat.
"En parlant de porte ouverte, serait-ce le cas de la tienne à mon égard ? Je suis en bas de chez toi, dans une cabine.
- Et en plus ils t'ont donné mon adresse...
J'étais de plus en plus déstabilisé. Comment pouvait-elle faire preuve d'une telle audace après toutes ces années ? En temps normal, j'aurais raccroché depuis longtemps. Mais là, le temps n'était plus normal depuis 3 jours. Je me suis entendu lui répondre oui. Fébrilement, j'ai raccroché le combiné et, quelques minutes après, elle sonnait à la porte. Me recoiffant brièvement avec mes mains, camouflant un cadavre de bouteille sous le divan, j'ai lentement ouvert la porte. Je n'ai pas eu le temps de placer un mot (lequel d'ailleurs, je n'en avais pas la moindre idée) qu'elle s'est précipitée sur moi, sur mon visage, sur mes lèvres.
Nos vêtements, éparpillés partout dans l'appartement, laissaient deviner la fougue avec laquelle nous venions de nous retrouver. Elle était allongée à mes cotés, fumant une cigarette.
- Si je m'endors, quelques instants, seras-tu encore là à mon réveil ou faudra-t-il que j'attende encore 25 ans, ai-je péniblement articulé.
- À ton avis ?
- De toute façon, dans 25 ans, je serai mort. À toi de voir en fait, je m'en moque.
J'ai fermé les yeux.
Nous étions tous les deux, sur Regent Street, progressant difficilement dans cette foule, étrangement oppressante. Kate me parlait, mais je n'entendais pas. Je n'entendais personne d'ailleurs, si ce n'est le bruit incessant des taxis et des bus. Les gens me regardaient et rigolaient frénétiquement. Kate me devançait légèrement. Nous approchions de Picadilly Circus. Nos mains se sont séparées et elle s'est retournée, me faisant face, marchant maintenant à reculons. Je n'entendais toujours rien. La distance entre nous ne faisait qu'augmenter. Kate a traversé la rue. Lorsque j'ai vu cette masse rouge qui se précipitait sur elle à toute allure, il était déjà trop tard. Je n'ai rien pu faire. Elle n'entendait pas mes cris et ne prêtait pas attention au klaxon du chauffeur. Je voulais me précipiter sur elle pour la détourner de la trajectoire du bus, en vain. Mes pieds semblaient scotchés au bitume. La foule avait maintenant disparu. Nous étions seuls dans le plus lourd des silences. Les panneaux publicitaires de Picadilly Circus venaient brusquement de s'éteindre. Elle m'a regardé avec un léger sourire, et a fermé les yeux avant d'être violemment percuté.
Je me suis réveillé en sursaut, dans un bain de sueur.
La sonnerie du téléphone me réveilla.
Ce n'est qu'au bout de la sixième que je me décidais à décrocher.
- Oui ?
- Ce... C'est moi Kate... J'espère que je ne te dérange pas ?
- Oui... Heu... Non. Enfin, je ne sais pas trop. Comment as-tu eu mon numéro, je ne suis pas dans l'annuaire ?
- Oh tu sais, ils ne sont pas très malins dans ta maison d'édition. Une femme, s'adressant à un homme, obtient toujours ce qu'elle désire.
- Que veux-tu Kate ?
Je m'allumais fébrilement un mégot, faute de pouvoir me resservir un verre.
- Tu as l'air fâché, je me trompe ?
- Oui, je le suis. Je déteste mon éditeur. Comment a-t-il osé te donner mes coordonnées ? C'est vraiment la porte ouverte à n'importe quoi !
- Ne mets pas en cause ton éditeur, il s'agissait simplement de son secrétariat.
"En parlant de porte ouverte, serait-ce le cas de la tienne à mon égard ? Je suis en bas de chez toi, dans une cabine.
- Et en plus ils t'ont donné mon adresse...
J'étais de plus en plus déstabilisé. Comment pouvait-elle faire preuve d'une telle audace après toutes ces années ? En temps normal, j'aurais raccroché depuis longtemps. Mais là, le temps n'était plus normal depuis 3 jours. Je me suis entendu lui répondre oui. Fébrilement, j'ai raccroché le combiné et, quelques minutes après, elle sonnait à la porte. Me recoiffant brièvement avec mes mains, camouflant un cadavre de bouteille sous le divan, j'ai lentement ouvert la porte. Je n'ai pas eu le temps de placer un mot (lequel d'ailleurs, je n'en avais pas la moindre idée) qu'elle s'est précipitée sur moi, sur mon visage, sur mes lèvres.
Nos vêtements, éparpillés partout dans l'appartement, laissaient deviner la fougue avec laquelle nous venions de nous retrouver. Elle était allongée à mes cotés, fumant une cigarette.
- Si je m'endors, quelques instants, seras-tu encore là à mon réveil ou faudra-t-il que j'attende encore 25 ans, ai-je péniblement articulé.
- À ton avis ?
- De toute façon, dans 25 ans, je serai mort. À toi de voir en fait, je m'en moque.
J'ai fermé les yeux.
Nous étions tous les deux, sur Regent Street, progressant difficilement dans cette foule, étrangement oppressante. Kate me parlait, mais je n'entendais pas. Je n'entendais personne d'ailleurs, si ce n'est le bruit incessant des taxis et des bus. Les gens me regardaient et rigolaient frénétiquement. Kate me devançait légèrement. Nous approchions de Picadilly Circus. Nos mains se sont séparées et elle s'est retournée, me faisant face, marchant maintenant à reculons. Je n'entendais toujours rien. La distance entre nous ne faisait qu'augmenter. Kate a traversé la rue. Lorsque j'ai vu cette masse rouge qui se précipitait sur elle à toute allure, il était déjà trop tard. Je n'ai rien pu faire. Elle n'entendait pas mes cris et ne prêtait pas attention au klaxon du chauffeur. Je voulais me précipiter sur elle pour la détourner de la trajectoire du bus, en vain. Mes pieds semblaient scotchés au bitume. La foule avait maintenant disparu. Nous étions seuls dans le plus lourd des silences. Les panneaux publicitaires de Picadilly Circus venaient brusquement de s'éteindre. Elle m'a regardé avec un léger sourire, et a fermé les yeux avant d'être violemment percuté.
Je me suis réveillé en sursaut, dans un bain de sueur.