Il ne faut pas se leurer.
La grande mode du Cloud repose sur l'hypothèse que les utilisateurs ont un accès permanent à l'internet haut débit, et qu'ils ne craignent pas de confier leurs données à un prestataire situé à l'autre bout de la terre, dans un pays où les lois et les intérêts privés, politiques et économiques sont assez différents des nôtres.
La situation réelle, c'est que par chez nous, assez souvent, on n'a pas un débit Internet très élevé, ou pas d'accès permanent, voire pas d'accès du tout.
Même lorsque l'accès est permanent et le débit élevé, on n'a pas la garantie qu'il n'y aura pas d'interruption inopinée (par exemple à cause d'un fil coupé par le vent, d'un coup de pelleteuse mal placé, d'un DSLAM qui grille, d'un problème contractuel avec le FAI ou de troubles politiques) ce qui est assez préoccupant lorsque l'activité professionnelle en dépend.
Et je ne parle pas des conséquences lorsque la confidentialité des données confiées est violée, par les prestataires eux-mêmes (ou plutôt les puissances auxquelles ils sont assujettis) ou par les pirates dont ils sont victimes.
Les nombreux déboires du Cloud qui ont fait les titres des magasines spécialisés ces derniers mois attestent que ces problèmes sont loin de relever de la paranoïa, et ne sont pas prêts d'être réglés de sitôt.
On se demande donc en vertu de quoi il faudrait passer d'une informatique locale, autonome et qui marche en toutes circonstances, à une informatique dématérialisée dont la jouissance et les avantages supposés sont soumis à des conditions pas toujours remplies dans les faits, quand ce n'est pas à des abonnements et autres dépenses répétées.
L'accessibilité depuis "les nuages" est un avatar marketing d'une réalité technique qui renaît de ses cendres, tel le phnix.
À l'origine l'ordinateur, aussi monstrueux pût-il être, était réservé à un seul opérateur. Puis, l'imagination et le progrès technologique aidant, les premiers périphériques d'entrée-sortie ont permis de créer une hiérarchie d'utilisations et d'utilisateurs. Tout cela se faisait en autarcie totale. L'informaticien était le maître de l'informatique.
Peu a peu, la technologie des semi-conducteurs a permis de réduire la taille des machines et d'accroître leur puissance. Et quelques monstres ont vu le jour sous la pression des administrations (banques en particulier) et des scientifiques (nucléaire, météorologie, biologie, chimie, médecine, mathématiques, l'armée, etc
). Ces machines étaient des monstres à la fois par leur taille et leur puissance ramenée au contexte. Leur usage était réservé à un cercle d'initiés plus ou moins important. Le centre de calcul était tenu par les informaticiens qui avaient la connaissance, le savoir, donc la puissance. Ils encadraient les utilisateurs assis devant leur leur terminal, électro-mécanique, puis à tube cathodique. Quelque fût la taille des centres de calcul, il s'agissait de systèmes autarciques, rigoureusement centralisés et dont les gestionnaires prenaient soin en préservant leurs privilèges et leur pouvoir.
Mais, les chercheurs et les universitaires commencèrent à ruer dans les brancards et se mirent à rêver d'un OS indépendant des informaticiens constructeurs et des machines qu'ils proposaient aux clients "fortunés". Et quelques petits génies se mirent à rêver d'une machine personnelle. Ne perdons pas de vue que le Mac et le PC furent précédés par quelques précurseurs. Le constructeur dominant de l'époque, IBM, "inventa" le PC grâce à un certain Bill Gates qui fournit l'OS. Et du coup, IBM, qui eut quelques beaux jours avec le PC, perdit peu à peu sa suprématie en délaissant le logiciel des PC. Et lorsqu'elle voulut s'y remettre en proposant un OS meilleur que celui de MS, il était trop tard. La vague PC MS-DOS puis PC-Windows emportait tout sur son passage.
La donne était complètement changée. L'informatique énorme et centralisée perdit de sa superbe, se cantonnant peu à peu dans des machines toujours aussi énormes, seules capables d'offrir une puissance considérable pour satisfaire des besoins très précis comme les prévisions météorologiques, les simulations d'explosions nucléaires, les systèmes d'armes, et les banques
L'informatique centralisée campait encore sur son pré carré, mais elle abandonnait le terrain un peu partout, au profit de l'informatique personnelle que Bill Gates d'une part, et Steve Jobs, d'autre part, ont eu un génie particulier à promouvoir à l'échelle de la planète. Il n'y avait plus de pouvoir informatique unique, supplanté par une myriade d'ordinateurs personnels.
La technologie ne dormait pas, bien au contraire. Mac et PC se démocratisaient, chacun suivant une philosophie différente. Bill Gates continuait de penser que le logiciel, OS et Office restait la panacée universelle, avec le commencement du déclin que l'on sait, laissant à Intel et aux constructeurs de PC le soin d'adapter le matériel. Apple au contraire, malgré de nombreuses vicissitudes, tint le cap de l'intégration très optimisée du matériel et du logiciel, développant, au fil du temps, "l'écosystème" que l'on connait, devenant experte dans les OS, diversifiant les matériels, arrivant toujours au bon moment non pas par des innovations fracassantes, mais intervenant sur des marchés existant avec une vision faisant rapidement de ses produits la référence en son domaine.
N'oublions pas Internet qui, partant de besoins militaires, est devenu le plus parfait des systèmes démocratiques tout en étant aussi sans doute, le plus anarchiques des systèmes anarchiques. Internet a été une aubaine pour développement de systèmes de service à allure "totalitaire", bien plus que l'est ou le fut MS avec son OS. Ces systèmes, Google, Facebook et autres, dits réseaux sociaux, ont des besoins considérables en informatiques afin de stocker les données et les redistribuer. Ils sont passés du statut d'hébergé au statut d'hébergeur. Le "computing cloud" vit le jour. Beau terme marketing qui n'exprime pas le retour aux systèmes informatiques ultra centralisés, au pouvoir quasi totalitaire pour exprimer brutalement "exclusif". Ce ne sont plus les constructeurs informaticiens qui donnent leurs directives aux utilisateurs, mais l'utilisateur qui définis ce que les constructeurs informaticiens doivent faire s'ils le veulent pour (gros) client. L'utilisateur est lui-même une sorte de groupement d'informaticiens commerciaux sachant parfaitement définir leurs "data centers" et comment s'en servir. Ainsi, le pouvoir informatique a changé de main. Il est passé du constructeur au client. Le client maître d'uvre a le pouvoir sur ce qu'il a conçu et se nourrit d'une multitude de clients élémentaires ou "gogos élémentaires" qui font sa fortune.
Apple a toujours agit ainsi. En préservant jalousement son mode de conception de ses matériels, elle a toujours gardé le pouvoir sur ce qu'elle a construit, et cela, semble-t-il, à la satisfaction de ses clients. Elle a surtout eu le génie de concevoir des appareils qui ont pris le pas sur des appareils existant, avec le succès que l'on sait. Bien sûr, les forums de Mac G regorgent de mécontents, plus ou moins chroniques, qui crient au scandale, mais qui continuent d'acheter Apple. Peu à peu, tous ces appareils se sont mis à communiquer entre eux. Tous ces appareils ont quelques fonctions communes. Il ne restait qu'un lien à faire pour boucler la boucle, puisque cela n'était pas encore fait : proposer à ses clients de les soulager d'un certain nombres de données communes lisibles par tous les appareils Apple qu'ils possèdent. Ainsi, les data centers d'Apple sont prêts à accueillir des données générales (musique, films) et privées (photos, emploi du temps, etc
) gratuitement ou pour une somme modique. Jusqu'à maintenant, Apple n'avait pas de pouvoir sur les données des utilisateurs. iCloud le lui donne d'une certaine manière, pas forcement complète, parce qu'on a le choix de ne pas en user, tout en disposant d'autres moyens pour faire la même chose de façon moins simple. Il est malgré tout séduisant d'acheter une fois pour toute un morceau de musique et de l'écouter sur tous les dispositifs dont on dispose ! Ne doutons pas qu'on pourra aussi "enregistrer" le "streaming".
Les jeunes utilisateurs qui posent des questions à propos de la puissance des machines d'Apple devraient comprendre que, quelles qu'elles soient, elle est égale ou supérieure aux plus puissantes machine d'il y a une quinzaine d'années Machines avec lesquelles les fabricants de circuits intégrés ont pu concevoir des processeurs plus petits, plus puissants, qui, à leur tour, ont permis de concevoir leurs successeurs, et ainsi de suite. Alors, pour prendre des notes, surfer sur internet, rédiger du courrier, tenir un agenda, écrire des textes, faire des calculs avec Excel, de la retouche photo élémentaire, un peu de montage vidéo, point n'est besoin des petits monstres de puissance que propose Apple.
Ils devraient plutôt se poser des questions à propos de la façon dont des sociétés comme Google, Facebook, Microsoft, Apple, et à propos de toutes celles qui pratiquent le "cloud computing" pour le stockage des données privées des clients. Ces sociétés ont acquis un pouvoir de fait grâce à la technologie. Quels usages en font-elles. Que ces jeunes pensent simplement à la façon de se dés-inscrire de FaceBook, par exemple.
Le service iCloud proposé par Apple est très séduisant. En dehors du fait de rendre captive une partie de sa clientèle, Apple peut-elle prendre ou avoir du pouvoir sur elle ?