Comme je le soulignais en ouvrant ce sujet, la déclaration de M. Le Lay peut facilement être transposée à d'autres secteurs qu'à celui des médias. La plupart des intervenants ont focalisé leurs remarques sur ce dernier et c'est dommage. Comme Gilbertus, je suis d'avis que M. Le Lay fait preuve de franchise. Cette franchise nous dérange parce que nous déplaçons sur un plan éthique ce que l'auteur place avant tout sur un plan économique. Si l'on s'en tient à ce niveau et à ce niveau seul, les termes employés relèvent davantage d'un réalisme implacable que d'un désir de provoquer le lecteur.
La plaidoirie de Gilbertus en faveur des autres médias que sont la radio et la presse écrite est émouvante, certes, mais, en revanche, me semble avoir bien peu de poids... Car encore faudrait-il s'entendre sur les stations et les journaux dont il est question. La presse féminine n'a que peu de chose à voir avec les "grands" quotidiens nationaux, et je doute qu'on soit informé de la même manière sur NRJ et sur France Inter. (1)
Si la plupart d'entre-vous s'en est pris au médias, les jugeant médiocres et peu fiables, c'est qu'en passant au cours des vingt dernières années de la sphère des services publics à celle des entreprises privées, ceux-ci sont devenus les promoteurs de la société de consommation. Ils ne vivent plus de l'argent des contribuables, censé garantir leur indépendance éditoriale, mais de celui des recettes publicitaires. Il me paraît parfaitement légitime qu'un capitaine d'industrie responsable cherche à se doter des moyens d'assurer la survie de son entreprise. Dans le cas de TF1, il suffit d'assurer les rentrées d'argent issues de la publicité et, par conséquent, de faire en sorte que cette dernière atteigne sa cible : le consommateur. C'est à ce niveau que se crée le malentendu : nous pensons encore être des téléspectateurs alors que nous sommes déjà dans l'ère des "téléconsommateurs". À ce titre, la démarche de M. Le Lay est tout à fait cohérente et, d'un certain point de vue, respectable.
D'ailleurs, la manipulation mise en ½uvre par TF1 se contente de suivre celle des publicitaires. Je m'étonne sur ce point que personne n'ait relevé le rôle de Coca-Cola... ou d'Apple ! La publicité est une chose très simple : elle consiste à nous faire croire qu'un produit est le meilleur. C'est le cas pour Coca-Cola, mais c'est aussi le cas de toute entreprise du secteur privé dont Apple.
Pour ne citer qu'un exemple (je ne vais pas y passer la nuit et j'ai passé l'âge des dissertations de philosophie), considérons le compteur iTunes actuellement sur la page d'accueil d'Apple. Il aura fait parler de lui ce compteur ! Et, au fond, pourquoi ? Que célébrons-nous vraiment en attendant que ce compteur atteignent les cent millions ? Qu'est-ce que cela va changer dans nos vies ou dans notre perception de l'histoire ? La force de la publicité est précisément de nous faire voir un événement là où il n'y en a aucun. Il n'importe qu'à Apple de passer la barre des cent millions de titres vendus, pas aux consommateurs qui achètent ces titres.
À tout prendre, qui est le moins respectable : celui qui utilise l'image de Gandhi pour vendre de la micro-informatique, ou celui qui met des célébrités dans une ferme pour faire vendre du Coca ?
(1) Il ne s'agit que d'exemples dont je n'affirme en aucun cas qu'il soient représentatifs.