Indépendamment des visions, toujours étriquées, des machin-istes et des truc-istes, j'ai décidé, iconoclaste que je suis, de tenter d'avoir ma propre vision des choses. En bon hérétique, tenter de penser par moi même plutôt que de laisser les uns ou les autres le faire à ma place.
Sur le plan de l'évolution du français, cette réflexion m'amène à la conclusion suivante : Il y a aujourd'hui quelque chose qui se fait jour pour la première fois, à ma connaissance, dans la manière dont ce changement se manifeste, deux évolutions distinctes :
Celle de toujours, qui continue, constituée comme naguère d'un mélange d'emprunts aux langues étrangères (et pas qu'à l'anglais, loin s'en faut), et du passage de la langue parlée à la langue écrite d'un certain nombre d'expressions courantes. Le phénomène s'est accéléré ces 50 ou 60 dernières années, à mon sens, en raison d'un plus grand nombre de migrants, d'une part (pour les emprunts aux autres langues), et de la diminution de la proportion d'analphabètes dans la population (phénomène un peu plus ancien que le précédent, dont les prémisses remontent à l'époque de Gambetta, je pense).
L'autre évolution, qui me parait assez dangereuse, d'ailleurs, est elle plus récente, elle est apparue, disons, au cours des 20 ou 25 dernières années, dans les quartiers de banlieue déshéritées, et à pour conséquence qu'à terme, nous risquons bien d'avoir deux langues différentes, et une barrière supplémentaire entre deux populations qui n'en ont pourtant pas besoin d'autres. On a pu prendre le phénomène qu'on qualifie de "djeun's" ou de "wech wech" pour un phénomène similaire à, par exemple, l'apache de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème, mais il y a une différence fondamentale : le langage apache était une façon de se démarquer, et de pouvoir échanger relativement confidentiellement au milieu d'une foule qui ne le comprenait guère, par une infime minorité de voyous, alors que le phénomène actuel, s'il a démarré de manière similaire, prend des proportion telles qu'on commence à voir certains jeunes de seconde ou de troisième génération ne plus parler que ce langage, et avoir du mal à comprendre, ce que j'appellerais, faute de mieux, le "français courant". Où cela peut-il nous mener.
Ça fait un moment que cette idée me trotte dans la tête, et j'avoue qu'elle m'inquiète un peu. N'ayant pas eu à ce jour l'occasion d'en discuter, donc de la faire mûrir et évoluer, je profite de cette tribune, pour savoir ce que vous en pensez. De la discussion jaillit la lumière, dit-on ! :zen: