C'est très bien, comme néologisme. Je ne vois pas pourquoi l'on te ferait des remontrances.
À moins que sous le pseudonyme de ton critique se cache un descendant excédé du préfet ...
Je vous soumets un sujet de réflexion : ne pensez-vous pas que l'anglais est, finalement, plus conservateur quant au sens des mots, que le français. Deux exemples.
- librairie [library] : en français, le sens est passé de bibliothèque à "magasin où l'on vend des livres" tandis que l'anglais a conservé le sens ancien, celui de notre bon vieux Montaigne (ah ! Montaigne !)
- déception [deception] : là encore l'anglais a conservé le sens du moyen français.
J'en avais d'autres en têtes mais, outre que mon fil serait trop long, ils se sont échappés de mon petit crâne.
Z'en pensez quoi ?
Est-ce que ce n'est pas plutôt une histoire d'histoire, justement ? Admettons que ces exemples fonctionnent, est-ce qu'on ne pourrait pas trouver leurs pendants dans le français, et leurs contraires dans l'anglais ?
Libraire,
librairie,
bibliothèque,
bibliothécaire, je connais un peu leur histoire, pour l'avoir croisée dans plusieurs travaux.
La distinction librairie-bibliothèque apparait au XV° siècle, et uniquement dans les pays latins.
La bibliothèque, à l'époque, c'est une pièce, un lieu, le lieu où l'on stocke les livres.
La librairie, c'est une charge.
Historiquement, le libraire, c'est le copiste, celui qui recopiait les manuscrits originaux pour les conserver. Les libraires étaient des personnels civils, attachés aux centres d'enseignement. Avec la création des universités, cette fonction a évolué, et le libraire a été ensuite en charge non seulement de recopier et de conserver mais aussi de donner accès aux manuscrits, et de vendre.
On a donc dès le départ cette triple fonction de conserver, de prêter et de vendre.
Avec l'essor de l'imprimerie, les endroits où l'on stocke les livres vont se multiplier, sans que les charges de libraires suivent l'essor, puisque ces nouvelles "bibliothèques" sont des pièces de maison, de château, etc...
Le mot bibliothécaire arrive dans la langue française au 16°, d'après le
Littré. Il s'impose
comme le nouveau titulaire de la charge, et rejette libraire dans le commerce, tandis que l'inverse se produit outre-manche : le libraire reste celui qui conserve les livres, parce que les grandes bibliothèques universitaires anglaises continuent à s'appeler Library (et cumulent toujours les fonctions de bibliothèques et d'éditeurs, d'ailleurs). Les échoppes qui vendent les livres seront nommées bookshop.
Est-ce que ça les rend plus "conservateurs" ? Je ne me prononcerait pas.
