L'amour des hommes est loin d'être tel que tu le décris (l'ironie de cette description montrant assez combien toi-même tu n'es pas dupe). L'amour ne fait pas de nous des héros et j'ai connu au cours des siècles quelques bourreaux qui étaient des époux aimants et fidèles, caressants et doux, que la chaleur de leurs sentiments n'empêchait nullement de massacrer avec une autre forme d'amour : celui du travail bien fait. Faut-il pour autant en finir avec l'idée romantique de l'amour ? Je ne suis pas sûr. Au fond, cette idée ne pose problème que parce qu'on veut y croire. Mais elle porte en elle les germes insidieux du totalitarisme, célébrant la pureté, le sens du sacrifice, de l'abandon total de soi à l'autre, incitant les hommes à devenir autre chose que ce qu'ils sont : des hommes, rien que cela. D'un autre côté, cette idée a produit de grandes œuvres, de celles sur lesquelles s'élèvent les civilisations, et elle a une autre vertu suprême : elle dit aux hommes qu'ils peuvent s'élever, grandir, être meilleurs. Ce n'est tout de même pas sa faute si les pauvres couillons se croient tels…