Le diesel aussi nocif que lamiante
Depuis plusieurs années, les émanations des moteurs diesel sont accusés de bien des maux, entre autres dentraîner des symptômes respiratoires en pénétrant profondément dans les bronches, de favoriser lapparition de certaines allergies
Le risque de cancer pulmonaire avait également été suggéré. Une étude suédoise menée par des médecins du très réputé hôpital Karolinska de Stockholm vient de confirmer ce danger.
Cette étude a été effectuée en comparant les polluants auxquels avaient été soumis tous les hommes de 40 à 75 ans vivant habituellement dans lagglomération de Stockholm et ayant été victimes entre 1985 à 1990 dun cancer bronchique, soit 1 042 malades.
Afin de mieux préciser limportance des facteurs de risque liés à lenvironnement, les médecins suédois ont interrogé 2 364 témoins de même sexe et dâge comparable, qui ont donc servi en quelque sorte de référence. Bien sûr, les enquêteurs nont pas oublié de prendre en considération le niveau de tabagisme des malades et des témoins, ainsi que dautres paramètres comme le lieu dhabitation car on sait que le radon, un gaz radio-actif à létat naturel, peut aussi contribuer à lapparition dun cancer du poumon.
Un risque augmenté de 63 %
Les résultats* révèlent que les hommes qui ont été exposés à des particules diesel en raison de leur métier, présentent une probabilité accrue de 63 % de développer un cancer pulmonaire. Ceci correspond à un risque important, qui équivaut par exemple à celui qui est observé après inhalation de fibres damiante (+ 68 %), lesquelles prédisposent également à cette forme de cancer.
Parmi les professions à risque dans le cas du diesel : les conducteurs de camions et de bus, mais aussi des mécaniciens amenés à travailler sur des moteurs diesel, des ouvriers... Un danger du même ordre (+ 60 %) a été retrouvé avec certains produits de combustion, qui comme les particules de combustion du diesel contiennent des hydrocarbures aromatiques polycycliques dont le pouvoir cancérigène a été reconnu depuis longtemps. En revanche, aucune relation avec le cancer pulmonaire na été mise en évidence pour les autres polluants analysés (poussières de métaux...).
10 % des cancers du poumon liés à la pollution
La probabilité de développer un cancer du poumon à la suite dune exposition à des polluants serait non négligeable pour ces auteurs scandinaves.
Au vu des résultats de leur enquête, ces derniers considèrent en effet que 2,7 % des malades de Stockholm auraient développé cette tumeur à la suite dune exposition aux fumées de diesel, tandis que 4 % lauraient fait après avoir inhalé de lamiante et 2,2 % après avoir été en contact avec dautres produits de combustion. Au total, pratiquement un cancer bronchique sur 10 aurait donc pu être évité en éliminant ces diverses sources de pollution.
Reste que larbre ne saurait cacher la forêt et quen matière de cancer du poumon, le plus grand polluant demeure le tabac. Un facteur de risque plus facile à écarter que les particules diesel, puisque son abandon repose avant tout sur la volonté individuelle ! Ensuite, vient le radon.
Sil paraît important danalyser plus finement les dangers que font courir les émanations des moteurs diesel sur la santé, il ne semble donc pas raisonnable den accroître exagérément limpact tout au moins vis-à-vis du cancer bronchique. Ce dautant que les risques sont probablement beaucoup plus faibles chez le piéton ou lautomobiliste, exposé épisodiquement à des gaz déchappement, que chez les professionnels de cette étude.
Dr Corinne Tutin
* American Journal of Epidemiology, 2000, Jul 1 ; 152, 1 :32-40