Sans complainte ni aigreur... j'ose un instant évoquer cette peur qui me tiraille depuis toujours mais qui a pris du sens il y a peu.
... sale loperie © ..même pas commencé encore à tapotter que déjà le flot d'émotion est là...plus envahissant encore à chaque fois... Mince mince mince mais non pas ici pas là...
Le jour où ... c'était le 3 aout dernier... ma grand mère nous quittait. Hospitalisée pour un petit truc sans rien, elle avait épatée les médecins de sa ténacité à 91 ans passés. Elle était à l'hôpital depuis le mardi et nous étions déjà samedi, sortie prévu pour le Lundi... je ne sais pas pourquoi personne ne m'avait dit...après mon 1/2 ronchonnage au téléphone "Mais bon sang pourquoi je suis toujours la dernière au courant" (j'aime ce rôle de capricieuse parfois !!! comme si je devais détenir la fraicheur de toutes les infos !!).
J'avais cru percevoir dans le coup de fil de ma mère qu'il n'y avait rien d'urgent, mais que l'angoisse paternelle était bien présente, surement dûe au lieu et à la peur de cette éventualité
que peut être elle n'en sorte pas. En l'espace de qqs secondes, je laissais tout en plan et sans encore comprendre pourquoi je fit mon sac. Un sac parce que dans le fond je savais que je n'allais pas juste en visite... et je m'en allais pas tout à fait sereine, pas encore paniquée.
Selon le staff, elle allait, la petite baisse de forme de la veille n'avait été qu'une fausse alerte, tout allait bien. Mon entrée dans la chambre fût un premier choc. Elle semblait fatiguée, perf, aide respiratoire, n'avait ni lunettes ni dentier... un petit avant-goût du visage de la mort ! (je suis cynique là ... ). Comme dépossédée de ma place de petite-fille, j'enfilais presque de manière impersonnelle un rôle de soignant, humecter ses lèvres trop sèches, vérifier ceci, regarder cela, la masser, lui parler.
Le soir arrivant, je décide de passer la nuit sur place , comme si cela s'imposait à moi -mes affaires déjà prêtes-, pour être là avec mon père, pour lui et aussi pour être sûre que demain nous serions tous là. Pas vraiment endormis, tout deux à guetter la moindre rupture de rythme dans cette respiration trop forte, intrusive et envahissante... mais quand j'y pense si rassurante...
à 5h, 2 bruits infimes mais pas anodins... on bondit, je perds qqs fractions de secondes à la regarder, mon père l'air grave, blème... je cours cherché l'infirmière [cette séquence m'apparait encore au ralenti, son visage... ses derniers souffles de vie et moi impuissante là à regarder la vie s'en aller, plus de voix, plus de souffle... ...] et ça y est voilà pfffuit en l'espace d'un instant Manou n'était plus... Je l'ai embrassée.. ne voulant pas me résigner à partir, à fermer cette porte.
Ma peine n'avait en soi que peu d'importance, plus insoutenable encore était de voir mon père souffrir et là encore ne rien pouvoir faire, ne pas pouvoir tout prendre tout porter.
... ...
La première visite au crématorium a été difficile, je serrais les poings, me réfugiant derrière ma colère contre mon frère absent. Elle était là, emmitouflée, comme un nouveau-né dans un linge, sur une table en inox, ses traits commençaient à se figer. j'ai juste effleuré son visage comme si je me pinçais pour vérifier que c'était bien moi là dans cette pièce... c'était froid !!
Mourir un dimanche c'est la merde... personne...revenir le lundi pour les démarches... je rentrais chez moi comme dans un état second
incapable de réfléchir, juste repasser en boucle ces dernières heures, le dernier rire que j'avais su lui sous-tirer en lui disant (un peu prématurément, mais qu'importe je n'ai pas menti et suis soulagée de l'avoir fait) que bientôt papa serait grand-père.
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Le jour des obsèques, j'ai voulu assister à tout, presque sadique envers moi-même, pour ne pas rater un instant de cet étape d'accompagnement... ( L'église un supplice ) ... jusqu'à la fermeture du caveau, seule dans le cimetière, juste vérifier que tout serait bien remis à sa place, que rien ne viendrait à présent perturber leur repos.
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La vie reprenait son cours, les amis chez mes parents, apéro dans le jardin sous l'accacia rose... Je n'ai pas menti, mon père aura un petit fils en mars... chacun a pris sa nouvelle place ! (comme dit the big, non sans me laisser penser que les prochains à partir sont mes parents ...)
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J'ai trouvé la compréhension, la compassion sans mots dire, la tendresse et l'affection de certains avec qui je suis proche sur ces forums (- merci -).
ça y est j'ai fini, peut-être ai-je enfin réussi à avancer un peu.
Ce n'est finalement pas le jour où ... mais les jours où... pour la première fois je prenais réellement conscience dans ma chair de la perte.
Je n'ai pas peur de la mort mais de perdre !