Le jour où...

  • Créateur du sujet Créateur du sujet Anonyme
  • Date de début Date de début
Statut
Ce sujet est fermé.
deneuve.jpg


La séance était à 22 heures. J’avais eu bien du mal à le convaincre, mais il était venu. Il n’avait jamais vu Les Parapluies de Cherbourg, mais il était, comme beaucoup, plein d’idées préconçues sur le cinéma de Demy. Tous ces gens qui chantent — Et pour dire quoi ? « Passes-moi l’sel ? » —, toutes ces couleurs criardes… Non, vraiment, c’était un peu too much. À vrai dire, il s’était tout d’abord montré si réticent que je n’étais pas sûr qu’il viendrait. Aussi, quand il parut dans la nuit, rue Pasteur, je fus heureux.
« Le Méliès » est un cinéma que connaissent bien les étudiants palois. On y joue la plupart des films en version originale, on y projette des courts et longs-métrages qui échappent aux circuits de distribution traditionnels. C’est un cinéma de la confidence, mais pas un cinéma confidentiel : situé en bordure du centre ville, dans un quartier tranquille, ses deux salles offrent un confort remarquable et nombreux sont ceux qui le fréquentent avec assiduité. Ce soir-là, pourtant, nous étions seuls.
L’heure de la séance approchait et je montrais des signes d’inquiétude : nous étions-nous trompés de soir ? Une lumière éclaira soudain le hall d’entrée et l’on vint nous ouvrir. Nous attendîmes encore quelques instants à l’extérieur, sous les vitrines qui présentaient des images du film, espérant toujours que de nouveaux spectateurs viendraient nous rejoindre. Ce fut peine perdue. Personne ne sortit de la pénombre.
À la caisse, on nous expliqua que la séance ne serait pas maintenue pour moins de trois spectateurs. Fermement décidés à voir le film, nous proposâmes de payer une troisième place. Le caissier et le projectionniste, étonnés par notre demande et sans doute amusés par notre insistance, acceptèrent.
Ainsi, nous nous retrouvâmes seuls dans la grande salle prévue pour plus de trois cents personnes, où les accords nostalgiques de la musique composée par Nino Rota pour l’Amarcord de Fellini nous accueillirent. Nous étions comme des enfants intimidés par un trop beau cadeau le matin de Noël ; un peu bêtement, comme perdus, nous choisîmes nos places et la séance commença.

Ce fut une belle soirée. Un soir où j’ai appris que la vie est parfois magique, à condition de lui faire une place…
wink.gif
 
glycines.jpg


« Bon, petit, je vais au tennis. Tu iras chercher Maman ? »
« Oui ! »

C’était un jeudi, il faisait beau, et j’avais répondu d’un ton sec. « Bien sûr que j’irai chercher Maman… Ça fait trois fois qu’il me dit qu’il s’en va… Il va me casser les couilles encore longtemps avec ça ? » J’étais, comme souvent, le nez collé à l’écran. Je ne sais même plus ce que j’étais en train de faire, mais cela devait être important, très important… « Il fait beau. Qu’il aille le faire son tennis ! Est-ce que je l’emmerde avec mes pixels, moi ? »
« J’y vais. Pense à Maman ! » « C’est ça, casse-toi… » J’entendis la porte se refermer derrière lui, puis la voiture sur le gravier : j’étais enfin seul, il faisait tiède. Je retournai à mon clavier.
Vers 17 heures, Philippe est arrivé. J’étais au salon, affalé devant la télé. Un de ces jours, il faudra vraiment que j’arrête avec les écrans… Sans un mot, il entreprit de fermer la maison. Comme il ne vivait plus avec nous depuis longtemps, je fus vite agacé par son silence et son agitation importune. Il aime faire des mystères de riens, il a toujours aimé ça et ça m’énerve prodigieusement. C’est curieux comme certains traits de caractère qui nous amusent ou nous indiffèrent chez les autres peuvent nous exaspérer chez ceux que nous aimons… Je me mis donc à le questionner avec l’air narquois que j’affectionne tant et qu’il déteste. Il débita tout d’un coup : il y avait eu un accident, Papa était à l’hôpital, Maman était auprès de lui. Je l’aidai avec les derniers volets ouverts et nous partîmes. Il y aura sept ans le 15 mai.

Je ne sais pas trop pourquoi je vous raconte ça. Vraiment.
Cet après-midi, j’étais tout seul avec Papa et, soudain, je l’ai vu, là, dans son fauteuil face aux glycines. Il ne parle plus. Quelques mots seulement, parfois, et pas toujours les bons… Il marche un peu. Son bras droit est mort et dans la goulotte pend assez lamentablement la main qui lui servait autrefois à écrire. Qu’est-ce qu’il a pu écrire cet homme ! Lui qui n’avait pas son bac, et qui avait quitté le lycée à dix-sept ans… Pendant vingt-cinq ans, tous les week-ends, il rédigeait les articles pour la feuille de chou locale que notre imprimerie publie tous les mardis. Il a raconté l’histoire de cette ville et des gens qui y vivent. C’était toute sa vie. Maintenant, il ne peut même plus demander à aller aux toilettes.

C’est assez fou comme je l’aime, même s’il me casse toujours un peu les couilles. Je paierai cher pour l’entendre à nouveau me demander dix fois d’aller chercher Duchesse…
Tiens, parfois, c’est trop con.
 
Jeunes (comme moi) ou vieux (comptez pas sur moi pour citer des noms :D ), nous avons tous des "flashbacks" de notre tendre enfance, quand nous étions encore des "petites têtes blondes" (ce qui n'a jamais été mon cas ;) ). Allez-y, racontez ce dont vous vous souvenez, même si c'est très vague, ça peut être marrant.
Je commence. Mon plus vieux souvenir, c'est une odeur, celle du lave-vaisselle qui, encore chaud, dégage des nuages de vapeurs... Encore aujourd'hui je ne manque jamais une occasion de sentir cette odeur de plastique chaud, de vapeur et de lessive... Ah!!!!! qu'est ce que j'ai l'air con quand je met ma tête dans le lave-vaisselle :rolleyes: !!!
 
un jur de grande chaleur , dans la ferme de mes grands parents
je cour au frigo assoiffé (je fais la folle avec mes cousins )
je prends la bouteille d'eau et.........je crache l'huile que mamy avait mis a la place de l'eau :D :D :D :D :D
 
Ah, je me souviens, ce mois de juin. Dans le matin frais, je partais, comme tous les enfants de ma classe vers la Meuse, la Marne, un voyage scolaire avant de nous séparer : les uns iraient au collège du centre, les autres et j'en étais resteraient dans leur quartier.
Nous étions silencieux, ce matin là, tous anxieux d'aller découvrir les traces de la guerre, des bombes, des armes, et ce que nous ne savions pas encore, des os, des millliers d'os humains.
La journée fut plaisante et je ramenai à mes parents une bouteille de Champagne (une demi seulement).
Pourtant, dans le train qui nous ramenait vers la Moselle, un vent d'espièglerie souffla alors et nous anima tous. Car nous nous rendions compte que nous étions à la veille d'entrer chez les grands, avec leurs tenues bigarrées, leurs attitudes nonchalantes et surtout leurs amours, leurs flirts.

Et, ce petit vent coquin se transforma rapidement en une petite guerre de coquins enfants. Ce fut la course à celle quui réussirait à immobiliser un garçon pour que toutes s'en emparent, à celui qui courrait le plus vite pour ne se laisser attraper qu'après une excitante course poursuite dans les couloirs...

J'y pense parfois encore, et je me demande encore pourquoi je courrais si vite ;)

Christine te souviens-tu de moi ? tu m'avais envoyé une carte de la Petite Pierre...
 
Urbain a dit:
Jeunes (comme moi) ou vieux (comptez pas sur moi pour citer des noms :D ), nous avons tous des "flashbacks" de notre tendre enfance, quand nous étions encore des "petites têtes blondes" (ce qui n'a jamais été mon cas ;) ). Allez-y, racontez ce dont vous vous souvenez, même si c'est très vague, ça peut être marrant.

Tu trouveras deux ou trois souvenirs d'enfance dans ce fil. ;)
 
Je me souviens de l'odeur des madeleines....

M. Proust

:D
 
Ce serait une bonne idée, oui...

(le fusionnement des fils, je précise... Des fois que certains esprits mals tournés... Si si je sais que certains d'entre vous... Quoi ? Tous ???? :eek: )
 
Voila voila ! 5 minutes ! Fusion avec le fil le plus ancien des deux indiqués. Si vous voulez, on fusionne les deux restants.
 
Statut
Ce sujet est fermé.