A
Anonyme
Invité
La séance était à 22 heures. Javais eu bien du mal à le convaincre, mais il était venu. Il navait jamais vu Les Parapluies de Cherbourg, mais il était, comme beaucoup, plein didées préconçues sur le cinéma de Demy. Tous ces gens qui chantent Et pour dire quoi ? « Passes-moi lsel ? » , toutes ces couleurs criardes Non, vraiment, cétait un peu too much. À vrai dire, il sétait tout dabord montré si réticent que je nétais pas sûr quil viendrait. Aussi, quand il parut dans la nuit, rue Pasteur, je fus heureux.
« Le Méliès » est un cinéma que connaissent bien les étudiants palois. On y joue la plupart des films en version originale, on y projette des courts et longs-métrages qui échappent aux circuits de distribution traditionnels. Cest un cinéma de la confidence, mais pas un cinéma confidentiel : situé en bordure du centre ville, dans un quartier tranquille, ses deux salles offrent un confort remarquable et nombreux sont ceux qui le fréquentent avec assiduité. Ce soir-là, pourtant, nous étions seuls.
Lheure de la séance approchait et je montrais des signes dinquiétude : nous étions-nous trompés de soir ? Une lumière éclaira soudain le hall dentrée et lon vint nous ouvrir. Nous attendîmes encore quelques instants à lextérieur, sous les vitrines qui présentaient des images du film, espérant toujours que de nouveaux spectateurs viendraient nous rejoindre. Ce fut peine perdue. Personne ne sortit de la pénombre.
À la caisse, on nous expliqua que la séance ne serait pas maintenue pour moins de trois spectateurs. Fermement décidés à voir le film, nous proposâmes de payer une troisième place. Le caissier et le projectionniste, étonnés par notre demande et sans doute amusés par notre insistance, acceptèrent.
Ainsi, nous nous retrouvâmes seuls dans la grande salle prévue pour plus de trois cents personnes, où les accords nostalgiques de la musique composée par Nino Rota pour lAmarcord de Fellini nous accueillirent. Nous étions comme des enfants intimidés par un trop beau cadeau le matin de Noël ; un peu bêtement, comme perdus, nous choisîmes nos places et la séance commença.
Ce fut une belle soirée. Un soir où jai appris que la vie est parfois magique, à condition de lui faire une place